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Critique de chanson : «Brisé» de Maître Gims

Après celle-ci j’ai encore trois chansons dans la liste de celles sur lesquelles je souhaite écrire, avant de passer à un nouveau style musical.

Vous pouvez trouver la chanson ici et les paroles ici.

En fait ce qui me plaît le plus dans cette chanson ce sont les images du clip donc il faut absolument voir le clip si vous pouvez, je pense que la suite vous en convaincra.

Déjà au début de la chanson on voit un sol jonché de roses, de verre brisé, de plumes, de débris en tous genres, un téléphone à l’écran abîmé et une horloge piétinée notamment, et ensuite il y a un retour en arrière dans l’histoire pour expliquer comment le sol s’est retrouvé dans cet état, c’est hyper bien fait.

Les effets sont juste géniaux et méga bien réalisés. Par exemple le moment où l’homme renverse la table puis fracasse la télé avec une batte de baseball, la transition avec Maître Gims qui fait de même est limpide (idem avec le miroir). Les transitions montrent à qui Maître Gims s’identifie dans le couple qui nous est montré, tantôt à l’homme et tantôt à la femme, parce que finalement même si on intervertissait les genres ça ne changerait pas grand chose, une dispute ça reste une dispute.

Le passage où la femme jette et brise le pot de fleurs et la transition avec Maître Gims qui fait exactement la même chose est encore plus invisible et peut nous perdre, on ne sait plus lorsqu’on voit le pot de fleur en train de tomber puis de se briser au sol si c’est celui de la femme ou de Maître Gims, et même chose pour le téléphone.

Ce que j’aime beaucoup aussi dans cette chanson c’est qu’elle montre une dispute de couple, là où beaucoup de chansons d’amour se contentent de montrer des couples assez plats qui filent le parfait amour, cette chanson a le mérite de montrer des personnages plus complexes, qui semblent s’aimer et se détester à la fois «des fois je t’aime des fois je te hais», qui se frappent et cassent des objets et en même temps semblent par moment s’aimer tendrement, comme le passage au début où la femme dort la tête sur les genoux de son chéri, ou le moment où l’homme essaye de s’excuser et de calmer sa chérie en essayant de mettre sa main sur son épaule.

Il y a beaucoup de passages romantiques mine de rien, par exemple quand Maître Gims chante «tu as ce sourire au coin des lèvres quand tu mens» il a relevé un petit détail de la personnalité de l’autre et ça semble affectueux, ou encore lorsqu’il dit «parce que le cerveau suit le cœur».

Il y a également une scène qui est en miroir, puisque d’abord l’homme pousse la femme sur le lit sous le coup de la colère, puis plus tard la femme pousse l’homme sur le canapé sous le coup de la colère. Je trouve que le fait de montrer cette scène en miroir montre que Maître Gims a bien compris le mécanisme des violences conjugales, où les torts sont souvent partagés.

Je dois aussi reconnaître que je fétichise beaucoup les violences conjugales (mais je peux me permettre, je ne vis que ça), j’aime beaucoup le fait qu’il montre une relation qui (même hors cadre de violences conjugales d’ailleurs) fait très réaliste.

Lorsque la femme prend son sac pour partir, le regard de son chéri est vraiment évocateur du fait qu’il l’aime toujours et qu’il ressent une forte tristesse de la voir partir. On voit son visage en gros plan et on le voit baisser les yeux d’un air triste. C’est touchant et on s’identifie en pensant à toutes les fois où on s’est fait plaquer. Ça me rappelle un peu la chanson Vitaa feat Diam’s «Confessions nocturnes» où pour le coup on empathise beaucoup moins pour l’homme qui trompe sa chérie je trouve.

J’aime beaucoup le passage où l’homme et Maître Gims sont le reflet l’un de l’autre et se donnent donc mutuellement un coup de batte de baseball pour fracasser le miroir entre eux, avec les éclats de miroir qui s’envolent au ralenti en brillant à la lumière tamisée du jour derrière l’homme avec le joli reflet rose d’un projecteur dans le miroir du côté de Maître Gims.

Ce passage est à la fois beau techniquement et esthétiquement, et il peut tellement être interprétable que ça lui donne une grande profondeur. On ne sait plus qui est qui, si Maître Gims est l’homme qu’il voit en reflet, la femme avec qui l’homme se bat physiquement, ni si le fait de briser le miroir symbolise leur amour qui se brise, leurs os qui se brisent sous les coups, leurs cœurs fragiles comme du verre qui tombent au sol rejoindre le verre brisé, eux-même qu’ils souhaitent détruire parce qu’ils s’en veulent ou simplement le parallèlisme entre les personnages, Maître Gims voulant cesser d’être un reflet d’une situation qui se répète.

D’ailleurs le fait de chanter «aveugle était ma confiance, tu m’as poignardé dans le noir» juste avant qu’il brise son reflet dans le miroir est assez drôle mine de rien, puisqu’il y a un double jeu de mot par les oxymores («aveugle»/reflet visible, «noir»/miroir très lumineux). J’aime beaucoup ce contraste clair/obscur.

J’aime le fait qu’il n’y ait pas de réponse claire sur l’interprétation de ce passage, même si juste après on a un indice puisque l’homme jette sa batte sur le canapé comme la femme l’avait poussé sur le canapé, et donne un coup sur le canapé avec l’oreiller comme la femme l’avait frappé avec un oreiller plus tôt, le parallèlisme continue. Les deux hommes, désespérés, semblent rejouer la scène de façon cathartique, puis repartent, cachant leur visage dans leurs mains comme pour cacher leurs larmes.

La question du racisme est aussi beaucoup traitée dans la chanson, puisqu’on remarque qu’alors qu’il y a habituellement lorsque Maître Gims semble s’identifier à un autre couple représenté l’un au moins des deux personnages qui est noir, ici les deux personnages sont blancs.

Il fait de petites allusions tout au long de la chanson (Maître Gims est un parolier talentueux et il sait faire des allusions subtiles), comme les moments où il chante «je me voile sûrement la face» en passant sa main devant son visage comme le geste pour dire qu’une personne est foncée de peau sans oser prononcer le moindre mot de peur d’être taxé de raciste.

Moi perso je trouve ce geste mignon, j’ai l’impression de faire peur aux gens quand ils font ça et en plus on peut faire plein de blague avec comme le fait Maître Gims, comme par exemple on peut tenter «mais si tu sais, le mec… *geste* …gothique/maquillé/qui porte un masque/qui aime se caresser le visage/qui se lave le visage 9 fois par jour/etc», aucune limite à l’imagination. Et puis c’est un peu un des seuls cas où des gens normaux flippent assez pour privilégier un autre mode de communication qu’oral, moi j’aime bien.

Le passage où c’est le plus clair c’est quand il dit «tu m’as poignardé dans le noir», ce que j’interprète comme voulant dire que sa copine a été suffisamment raciste envers lui pour lui faire très très mal. Elle l’a poignardé dans sa négritude pour employer ce mot que je trouve très beau, c’est l’un de mes mots préférés.

Je vais conclure par ma phrase préférée de la chanson «Je vais devoir éteindre les flammes par les flammes». Tout à fait mon style 🙂

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